mercredi 10 octobre 2012

MONOTONPRODUKT 07


Attention, chef-d'œuvre.

Au milieu des années 90, le dimanche 18 septembre 1994 pour être précis (jour marqué d'une pierre blanche), alors que je venais de chiner toute la nuit dans un vide grenier nocturne, je tombe au petit matin sur cette pochette énigmatique et minimale constituée de 2 mots et un chiffre : MONOTON - MONOTONPRODUKT 07. Sans même savoir ce que c'était, j'ai tout de suite su que ce disque, je le voulais. 
Au départ, j'ai cru que c'était un disque du groupe allemand Faust car cette portée musicale vide me faisait évidement penser à un négatif de l'album Faust IV. 
À l'intérieur, pas plus de détails si ce n'est ces titres en allemand sur les ronds centraux : Tanzen & Singen, Tonfolge, Wasser, Feuer, Tanz auf dem Strom, √1 = 1, J.S.C.A., Kurzwellenfunk, Neu, Drehung, Wo Bin I Da?, Tonspur, Sägezahn, Fisch, Singsang, Hz. Waltzer. OK, c'est peut-être un disque de Faust que je ne connais pas... Pas de date... rien...
Je demande au vendeur s'il peut m'en dire plus, mais apparemment il ne connaissait pas ce disque et ne pu rien me dire d'intéressant. Il le vendait 15 francs (2,3€), autant dire que je ne prenais pas un gros risque en l'achetant. Je repars donc avec, persuadé que je venais de trouver LE disque.
En rentrant chez moi, la première chose que je fis fut de mettre ce disque sur ma platine et mes espoirs ne furent pas déçus, bien au contraire. ELECTRONIC, MINIMAL, RÉPÉTITIF sont les trois mots qui me viennent en tête à l'écoute de ce disque. Celui qui suivait juste après était BEAUTÉ.
Difficile de dire plus, c'est vraiment une musique à part. Cependant, des noms me viennent à l'esprit tout de suite. D'abord Conrad Schnitzler. Les mêmes atmosphères sombres et organiques que ce précurseur de la musique électronique. Parfois, on dirait du Suicide ou du DAF qu'on aurait pris soin de ralentir au maximum, d'autre fois, ça me fait penser au disque California Babylon de Factrix & Monte Cazazza. Un musique qui vient assurément du versant obscur et électronique du Krautrock en passant par la musique industrielle et qui annonce le renouveau électronique allemand des années 90 (Basic Channel, Maurizio, Wolfgang Voigt, etc...).
Monoton, créé en 1979 par l'autrichien Konrad Becker, a sorti ce disque en 1982, édité à 500 exemplaires. Aujourd'hui, la version originale est pratiquement introuvable ou alors à des prix tellement élevés que se la procurer reste un défi. Je ne l'ai jamais revu ailleurs.
Heureusement, le disque fut remasterisé et réédité en 2003 et 2009 en CD par le label canadien Oral. En 2012, c'est le label français Desire qui le ressort en vinyle cette fois, presque similaire à la version originale. Les 300 exemplaires limités furent vite épuisés. Une nouvelle édition en vinyle blanc est sortie en été 2012, vite épuisée elle aussi.


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 Monotonprodukt 07 (2xLP, Album, Ltd, Monotonprodukt 07, Austria, 1982)
Rééditions :
Monotonprodukt 07 20y ++ (CD, Album, Ltd, Oral, Oral CD02, Canada, 2003)
Monotonprodukt 07 27y ++ (CD, Album, Oral, ORAL CD 32, Canada,  2009)
Monotonprodukt 07 30Y++ (2xLP, Album, Desire Records/Oral, DSR034LP/Oral LP52,
France, 2012)
Monotonprodukt 07 30Y++ (2xLP, Album, Ltd, White, Desire Records/Oral, DSR034LP/Oral LP52, France, 2012)

mardi 2 octobre 2012

A.T.R.O.X.


Que dire d'A.T.R.O.X., ce mystérieux groupe italien ? Pas grand chose puisqu'il est extrêmement difficile de trouver des informations dignes de ce nom sur ce groupe...
Le seul moyen qu'il reste pour les découvrir et essayer de les appréhender reste leurs disques. La tâche ne sera pas longue puisqu'ils en ont sortis que deux : The Night's Remains en 1982 et Water Tales en 1984, ces deux opus ayant heureusement été réédités en 2011 sur un même disque comprenant deux CDs (et des bonus tracks), Falls of Time.
Deux disques superbes essentiellement instrumentaux et lorsque des voix se font entendre, elles sont inhumaines comme sur leur morceau chef-d'œuvre darkissime, The Night's Remains, qui emprunte même un passage au Spring de Walter Carlos. Des ambiances de films noirs, des mondes étranges défilent tout au long des écoutes de ces disques. On pense à certains groupes aux univers personnels tels que Durutti Column (les guitares décomposées de Time Is Like a Whale par exemple), Minimal Compact, Tuxedomoon (qui sont d'ailleurs remerciés pour avoir aidé à la réalisation du premier album, ce qui n'est pas étonnant au regard de l'atmosphère générale des disques), parfois même aux rythmiques répétitives et ambiances glauques de Cabaret Voltaire comme sur Carnival Foods ou New York Race Track / 20 qui aurait pu figurer sur la B.O. de Drive. Toujours dans ces inspirations cinématographiques, on imagine que les membres d'A.T.R.O.X. ont du beaucoup écouter tous ces compositeurs italiens de musique de films de Ennio Morricone à Goblin... C'est limpide lorsqu'on écoute un morceau comme Frosting of Cloudless Nights avec cette sorte d'harmonica synthétique à la fin rappelant celui de l'homme à l'harmonica de Il était une fois dans l'ouest, mais version an 3000 !
Deux disques à cataloguer minimal synth à défaut d'autre chose ; mais si la musique synthétique est belle et bien présente, elle est loin d'être la composante essentielle de ces albums car la liste d'instruments utilisés dans ces enregistrements est assez phénoménale : bass guitars, synthesizers, electric guitars, drum machine, harmonica, rings, organ, prepared piano, casiotone MT40, Yamaha synthesizers, Yamaha DX7, harmonium, Mouth organ, Farfisa Keyboards, Moog, tubullar bells, electronic percussions, vocoder, acoustic guitar, toy clarinet, piano, xilophone, slide guitar, accordion, toy saxophone, drums, bouzouki, horn, toy piano, bongos, whistles, devices and tapes...


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A.T.R.O.X. - Falls of Time (CD Remastered, Spittle Records/Oltrelanebbiailmare – Spittle 26)

mardi 18 septembre 2012

PSYCHOTRON


Voici un disque qui explique à lui seul le pourquoi du nom de ce blog : Schwerkraft.

En 1980, le duo suisse SCHALTKREIS WASSERMANN constitué de PJ Wassermann et Stella Wassermann va enregistrer un disque magique, véritable kaléidoscope de la musique électronique, allant fouiller dans les expérimentations des années 60 et 70 pour mieux en inventer le futur.
Ce disque plutôt rare, sorti finalement en 1982 en petite quantité, a heureusement été réédité à plusieurs reprises (à chaque fois en nombre limité malheureusement), ce qui ne fait plus de lui un disque inaccessible même si il faut un peu se démener pour le posséder.
Alors ce disque, "Psychotron", qu'est ce que c'est ? Un OSNI (Objet Sonor Non Identifié) assurément.
Les morceaux les plus mélancolico-kraftwerkien (Schwerkraft, Mode, Zeit und Raum...) côtoyent des miniatures pop légères (Mutanten (Tanzen Rock'N'Roll), Weltraum-Boogie...) dignes des Silicone Teens de Daniel Miller ou bien encore des ritournelles synthétiques space (Spaced out...) ou rythmiques (Gogogo, Lux...) avec, il faut le souligner, un son d'une clarté et d'une modernité assez époustouflant.
Un disque essentiel à tout amateur de musique électronique à la mode Düsseldorfienne.

A noter : la réédition CD contient 4 bonus tracks dont la suite Excursion de plus de 15 minutes, formidable morceau qui peut faire penser au meilleur de Tangerine Dream.


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Schaltkreis Wassermann - Psychotron (LP, Space Records [Switzerland], SR-82101, 1982)
Rééditions :
CD + Bonus Tracks, (Hyperdisc [Switzerland], hd 21-2, 2005)
LP  + 7" (Space Records [Switzerland], SR-82101, Private Records [Germany], 369.007, 2012)

mardi 11 septembre 2012

HOT-BIP



Le 9 juin 2011 paraissait (enfin) sur le label américain Minimal Wave ce disque tant attendu (par moi tout au moins...). Six lettres en noir sur blanc sur la totalité de la pochette : HOT-BIP. Une usine tracée à la ligne claire dans le O.
HOT-BIP. Six lettres qui sonnent comme un manifeste. Six lettres qui claquent comme un slogan. Six lettres qui s'imposent comme un style.
Longtemps ce HOT-BIP fût mystérieux. Impossible de savoir vraiment ce qui se cachait derrière. Un nom cependant : PHILIPPE LAURENT. Un nom presque aussi banal que Martin Dupont mais avec un je-ne-sais-quoi d'intrigant. Intrigant parce qu'on ne sait rien de lui. D'où vient-il et comment est-il arrivé là restera une énigme. La seule chose qu'on sait, c'est qu'à la fin des années 70, ce fan de Kraftwerk commence à composer des morceaux de musique électronique intemporels. Intemporels n'est pas trop fort puisqu'il aura fallu attendre au moins 30 ans avant de véritablement pouvoir les écouter. Avant ça, ces morceaux sortis sur des petits labels underground, la plupart du temps sur des K7 en tirage limité, n'avaient probablement atteint que peu d'oreilles intéressées... J'avais moi-même découvert Philippe Laurent dans les années 90 au détour d'une compilation sortie en 1985 sur la label belge Etiquette, "I Spy My Little Eye" en compagnie d'autres artistes cultes tels que Absolute Body Control, De Fabriek ou encore Pascal Comelade. "Philippe Laurent & Hot Bip - Système Clair", tel était présenté le morceau. A cette époque, j'avais échafaudé plusieurs théories pour savoir qui se cachait sous le pseudonyme de "Hot Bip", car je ne savais pas encore que Philippe Laurent et Hot Bip ne faisait qu'un. Bref, sur ce disque : "Système Clair", un tube. Longtemps je n'ai aimé ce disque que pour ce titre. Ca ne ressemblait à rien de ce que je connaissais dans le genre et je ne comprenais pas qui pouvait être ce type qui avait fait ce morceau extraordinaire et pourquoi on ne trouvait rien d'autre le concernant. Bon, ça, c'était avant l'ère internet, lorsqu'il fallait vraiment se démener pour trouver des informations sur un groupe obscur. A la fin des années 90, lorsqu'internet commençait à mettre à la surface des milliers d'informations, je pu enfin constater que non, Philippe Laurent n'avait pas fait que ce morceau, que des K7 existaient, mais que vue leur confidentialité, la perspective de les acquérir se révélait un brin compliqué.
Il se trouve qu'un bienheureux hasard me mis au début des années 2000 en relation avec ce fameux Philippe Laurent, ce qui marqua le début d'un échange régulier entre nous. Enfin, grâce à sa générosité, je pus découvrir des dizaines de morceaux fabuleux. Parmi tout ceux-ci, 9 seront sélectionnés pour faire partie de cette compilation inespérée sortie en 2011 à 999 exemplaires sur vinyle rouge. Neuf morceaux uniques qui prouvent ô combien Philippe Laurent est un des plus grands artistes de l'undergound musical français. Sa musique ne ressemble qu'à lui-même, tour à tour minimale, rythmique, mélodique, sombre, humoristique, industrielle, futuriste. Inspirée, justement, autant des futuristes italiens que de l'école électronique allemande, autant de la chanson française d'avant-guerre que des ritournelles synth-pop anglaises, la musique de Philippe Laurent est profondément européenne. Elle magnifie le règne des machines en même temps qu'elle en dénonce - selon les interprétations - les travers. Toujours sur le fil. Une musique froide et chaleureuse à la fois, souvent instrumentale, parfois "parlée". Semblant souvent désincarnée, elle est au contraire habitée de mille émotions inconnues. Toujours légère. Et hop !




 

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Philippe Laurent - Hot-Bip (MW028, Minimal Wave, 2011)